A chacun sa vérité de Luigi Pirandello (mise en scène Christian Termis)

A chacun sa véritéL’histoire est apparemment simple : savoir qui de Madame Frola ou de Monsieur Ponza est fou. Elle, de croire que sa fille morte est encore l’épouse de son gendre, ou lui, prenant pour seconde femme, sa première femme revenue après un séjour en maison de santé. Telle est la question qui obsède, jusqu’à l’indécent, les habitants de cette petite ville.
Ce à quoi Pirandello répond, par l’intermédiaire de Laudisi, grain de sable permanent dans la pièce :
“Respectez ce que voient et ce que touchent les autres, même si c’est le contraire de ce que vous, vous voyez et touchez”.
Par là-même, il nous invite à la tolérance et à l’acceptation de la différence.

PirandelloÉcrivain, poète, nouvelliste, romancier et dramaturge, Luigi Pirandello naît le 28 juin 1867 à Agrigente en Sicile. Il grandit entre une mère douce et aimante et un père autoritaire et coléreux avec lequel il a des relations difficiles.
Passionné de littérature, il écrit, ses premiers poèmes dès 1880. À dix-sept ans, en 1884, il publie Cahute, sa première nouvelle dont l’action raconte l’enlèvement d’une jeune fille par son amant.
En 1889, paraît son premier recueil de Vers : Le Mal joyeux. et la même année, il part pour l’université de Bonn. En 1891, il est docteur en philosophie et lettres de l’université de Bonn. Il rentre en Italie.
En janvier 1894, à vingt-sept ans, il épouse la fille de l’associé de son père, Maria Antonietta Portulano. Cette même année 1894, il publie “Amours sans amour” son premier recueil de nouvelles dont les personnages appartiennent à la petite bourgeoisie provinciale et au petit peuple des campagnes de sa Sicile natale.
Il publie sa première pièce, “L’Étau” en 1898 et son premier roman “L’Exclue” en 1901. Il écrit également des essais et collabore à des journaux.
En 1903, la soufrière où son père a investi son propre argent et la dot de sa belle-fille est détruite par un éboulement : c’est la ruine. Luigi Pirandello se retrouve pauvre, avec sa femme gravement malade : à la nouvelle de la ruine, elle avait eu une atteinte de parésie et une altération mentale dont elle ne se remettra plus. Luigi Pirandello se trouve plongé dans la tragédie.
En 1904, il publie en feuilleton son roman le plus connu “Feu Mathias Pascal”. Il a trente-sept ans et c’est un grand succès qui lui ouvre les portes de la plus grande maison d’édition italienne de l’époque.
En 1909 il commence à collaborer au Corriere della sera. Il est nommé professeur titulaire à l’Institut supérieur pédagogique. Il enseigne pendant vingt-quatre ans.
Après de graves difficultés conjugales, des déceptions à la scène, Pirandello songe à abandonner l’écriture dramatique.
En 1917, il publie ses premières grandes pièces : Chacun sa vérité et La volupté de l’Honneur. Viennent ensuite C’était pour rire (1918), Tout pour le mieux (1919), L’Homme, la bête et la vertu (1919), Les deux visages de Madame Morli, Comme avant, mieux qu’avant…

Voici, dans une lettre adressée à son premier traducteur, ce que Luigi Pirandello écrit sur sa propre vie : “Vous désirez quelques notes biographiques sur moi et je me trouve extrêmement embarrassé pour vous les fournir; cela, pour la simple raison que j’ai oublié de vivre, oublié au point de ne pouvoir rien dire, mais exactement rien, sur ma vie, si ce n’est peut-être que je ne la vis pas, mais que je l’écris. De sorte que si vous voulez savoir quelque chose de moi, je pourrais vous répondre : Attendez un peu que je pose la question à mes personnages. Peut-être seront-ils en mesure de me donner à moi-même quelques informations à mon sujet. Mais il n’y a pas grand-chose à attendre d’eux. Ce sont presque tous des gens insociables, qui n’ont eu que peu ou point à se louer de la vie.”

“Le théâtre, comme tu sais, ne me tente pas beaucoup. Je fermerai cette parenthèse théâtrale pour me remettre à mon travail de narrateur, plus naturel” Voilà ce qu’écrit Pirandello à son fils Stefano en 1917. Pourtant, en une vingtaine d’années, il écrira 43 pièces.

Impossibilité de connaître autrui, avatars de la personnalité, vérité de la folie, tels sont les thèmes qui hantent son œuvre théâtrale qui renouvelle profondément la scène de l’entre-deux-guerres en y introduisant de la fantaisie, de la poésie et de la liberté. Elle nous montre des bouffons et des fous ; et la fantasmagorie de ses comédies n’est pas le fruit d’un esprit extravagant mais le reflet d’une société en crise.

Ses pièces les plus célèbres sont celles où il introduit le théâtre dans le théâtre et traitent du relativisme psychologique, thème qui lui est cher : nous ne sommes que ce que les autres font de nous. Notre prétendue identité estune apparence ; si les autres ne nous reconnaissent pas, nous sommes morts ; nous ne vivons que par l’idée qu’ils se font de nous-mêmes.

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