Les cancans de Carlo Goldoni (mise en scène Christian Termis)

C’est jour de fête à Venise : Checchina, fille de patron Toni, est fiancée à Beppo. Mais alors que tout semble idyllique pour les deux amoureux, une rumeur est lancée par Sgualda, une des commères de la ville : Checcina n’est pas la fille de patron Toni, c’est une bâtarde. Ce ragot, confié sous le sceau du secret, se répand de cancannière en cancannière à travers les ruelles de Venise… De la lavandière Catte en passant par la couturière Anzoletta jusqu’à Béatrice et Eléonora, deux riches cousines, ce « on-dit «  qu’aucune ne prend le temps de vérifier sème la discorde dans le couple. Dès lors, Checcina, pour éviter le déshonneur, cherche désespérément de qui est partie cette rumeur…

Mais au moment où elle réussit à regagner le coeur de Beppo, son fiancé, sort un autre ragot lancé encore par Sgualda : on sait qui est son père ; c’est l’Arménien, l’étranger hirsute et repoussant qui vend des cacahouètes sur les places de Venise. Au déshonneur de la bâtardise s’ajoute la méchanceté et les moqueries qu’engendre cette ascendance supposée…

Sous des dehors de comédie enlevée avec des scènes de pure farce, Goldoni avec les « Cancans » écrit une pièce grinçante et noire qui pourrait basculer vers le drame. Il y dénonce la méchanceté, la curiosité presque maladive, la jalousie de ces commères. Il démonte la mécanique implacable de la médisance et comment des rumeurs infondées peuvent nuire voire détruire une personne.

Un miroir d’autant plus d’actualité avec aujourd’hui la toute-puissance des réseaux sociaux et le cortège de fake news qu’ils génèrent.

 

 

 

 

Carlo Goldoni

Né le 25 février 1707 à Venise, Carlo Goldoni est destiné à suivre les pas de son père arboriste et médecin. Mais il quitte ses études pour suivre une troupe de comédiens avec laquelle il parcourt l’Italie et s’adonne à sa passion : le théâtre. Ses premières influences sont la commedia dell’Arte et Molière puis les comédies grecques. Sa pièce initiale sera en 1738 L’uomo di mondo. Mais sous la pression de sa mère, il reprend des études de droit et devient avocat d’abord à Chioggia puis à Venise.

Devenu directeur du teatro Sant’Angelo dont il est l’auteur attitré, il abandonne définitivement le barreau et c’est à 40 ans que Goldoni peut enfin se consacrer entièrement au théâtre.

Par son talent, il fonde la comédie italienne moderne. Petit à petit, il fait tomber les masques de la commedia dell’arte et remplace les culbutes et les artifices d’Arlequin ou de Pantalon par la vérité de la vie en montrant des caractères, des personnages réels, hommes du peuple ou de la bourgeoisie, avec leurs passions complexes et contradictoires. Le canevas et les masques sont remplacés par un texte et des rôles bien définis et écrits. La comédie de Goldoni n’est pas une simple comédie d’intrigue, elle est complexe, multiforme : le tragique et le comique se côtoient, rien n’apparaît jamais identique et unilatéral. Et par l’humour et la subtilité, Goldoni dénonce les travers de la société.

Mais le théâtre de Goldoni heurte les défenseurs  du théâtre traditionnel de la commedia dell’Arte, notamment Carlo Gozzi qui lui reproche de casser les codes et les règles par la suppression des masques et attaque le réalisme dangereux de ses comédies.

Il s’en suit des années difficiles pour Goldoni, à la fois sur le plan financier et sur le plan de la critique. Devant ces querelles incessantes et boudé par le public italien, Goldoni, à l’invitation des Comédiens-Italiens, décide de partir pour Paris en 1762. Il intègre la cour de Louis XVI et s’inspire de l’actualité pour écrire de nouvelles pièces en français. Mais la chute de la monarchie marque en parallèle sa fin. Il meurt démuni le 6 février 1793 dans le deuxième arrondissement de Paris.

Au total, Carlo Goldoni aura écrit en 20 ans plus de 200 pièce s dans différents genres : comédies, tragédies, intermèdes, drames, livrets d’opéra, saynètes de carnaval.

 

Checca                                                                            Carole Crespin

Anzoletta                                                                       Alexandrine Sanson

Sgualda                                                                          Véronique Morel d’Arieux

Catte                                                                              Cécile Buchotte

Beatrice                                                                         Hélène Bachelet

Eleonora                                                                       Agnès Acknin-Boyer

Mocolo                                                                          Brigitte Robeyns

Beppo                                                                            Jean-André Assié

Lelio                                                                              Stéphane Billot

Arlequin                                                                        Guillaume Hecquet

Patron Toni                                                                   Philippe Mérat

Pantalone                                                                     Marc André

Musa                                                                            Xavier Pignede

Salamina                                                                      Bernard Perrillon

Merlino                     

Toffolo                                                                         Alexandre Demazoin

Checcino

Panduro                    

 

Cet article a 2 commentaires

  1. Carole D

    Mes enfants (Yann 8 ans et Lara 10 ans) étaient ravis du spectacle. Ils ont bien reconnu la malice ou la bonté des personnages et ils se sont amusés, indignés, ils sont tombés amoureux des tourtereaux…. ET aussi, des costumes, l’ambiance d’époque,très réussi. Bravo

  2. DR
    DR

    On croit tout savoir des “cancans” mais après une telle démonstration de cette très belle troupe on peut vraiment comprendre les nuances d’une telle pièce.
    Merci à vous

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